lundi 3 octobre 2016





L'histoire des Juifs à Djerba remonterait à des temps très anciens, bien qu'il n'existe de preuves tangibles de son existence qu'à partir du Moyen Âge. Il s'agit aussi de l'une des dernières communautés juives à subsister dans le monde arabe.
Elle est traditionnellement répartie entre deux villages de l'île de Djerba situés à proximité des côtes du sud de la Tunisie. Malgré sa petite taille — elle n'a jamais dépassé les 4 500 membres et n'en compte pas plus de 700 au XXIe siècle —, elle est l'une des plus connues d'Afrique du Nord, en raison de sa longévité exceptionnelle, du pèlerinage annuel à la synagogue rassemblant des visiteurs de l'étranger et de la force de ses traditions. À partir du milieu du XXe siècle, la communauté a été touchée par un net déclin démographique en raison du départ de nombre de ses membres et du contexte économique et politique. En 2002, un attentat contre la Ghriba a eu lieu, mettant en péril la pérennité de la communauté.





Avant l’indépendance de 1958, la communauté juive de Tunisie était l’une des plus importantes du Maghreb, avec environ 100 000 membres, principalement sur l’île touristique de Djerba. Mais, au fil des années et faute d’une égalité réelle et ressentie entre Juifs et musulmans, elle s’est drastiquement réduite, à environ 1 500 membres, au rythme des départs vers la France ou Israël. Elle reste la deuxième plus grande communauté juive au Maghreb : seul le Maroc fait mieux, avec 2 000 membres recensés, tandis que l’Algérie, la Libye ou

l’Egypte sont vidés de leurs juifs   Les raisons sont multiples et l’envie de partir ne date pas d’hier : en 2014, des habitants décrivaient pour l’AFP le manque de sécurité dans l’île, la coexistence qui se délite entre Juifs et musulmans, qui avaient jusque-là vécu en parfaite harmonie.

« On ne sait pas comment réagiraient les gens qui ne sont pas d’ici si je sortais avec ma kippa », confiait un quadragénaire.
Mais pour d’autres Juifs de Djerba, c’est la situation économique de la Tunisie et le repli de la communauté juive qui est à blâmer : à Radio Free Europe, une jeune fille explique qu’elle n’a rien à faire après son travail, « à part rentrer à la maison et faire le ménage » – car le grand rabbin de Tunisie, Haïm Bittan, enjoint les jeunes femmes à réduire leur exposition au monde extérieur.
Un monde bien différent d’Israël : Shiran, une institutrice de 23 ans, se souvient de son voyage à Ashkelon pour rendre visite à ses grands-parents. « J’étais dans un autre monde », dit-elle. « Où tout est vert, et il y a des arbres ».
La tentation d’Israël est bien présente, et est encouragée par l’Agence Juive : son porte-parole, Yigal Palmor, déclare à Radio Free Europe : « il y a très peu de perspectives d’avenir pour les communautés juives dans les pays arabes, sauf si les choses changent drastiquement. Même s’ils sont tolérés, je ne crois pas qu’ils aient un vrai futur ici ».